les chevaux invisibles
Ce n’est peut-être pas à la Coupole (ah les petits couples installés devant leurs plateaux d’huîtres à quatre étages : à tout homme grisonnant une femme botoxée) ou au Dôme qu’on reconnaît le “vrai” Paris, ni au Café de Flore, ni aux Deux Magots, mais plutôt au café Commerce coin Patay et Tolbiac, où les vieux et les moins vieux viennent jouer leur espoir et leurs derniers euros sur des chevaux qu’ils ne verront jamais. Apercevoir Sollers tétant son fume-cigarette derrière les buissons de la Closerie des Lilas me plairait assurément moins. Qu’aurais-je envie d’en dire alors que de splendides vidéos colportent déjà son imposture en grandes pompes sur un site internet officiel ? *
Aussi je me demande pourquoi tant d’intellectuels (québécois et autres) ont souhaité fréquenter ces endroits artificiels et huppés (je parle entre autres des Deux Magots). Je comprends la curiosité, l’envie de visiter ces endroits mythiques, une fois, mais les fréquenter régulièrement ? Il faut avoir envie de se hisser au rang des coquilles vides de l’avant-garde aux souliers vernis, ces coquilles dont les yeux vous regarderont de haut avant même d’avoir entendu votre accent, pour cause de vêtements non signés. Ces hauts lieux ont accueilli des révolutionnaires (de l’Histoire, des Lettres, etc.), oui, mais surtout de ceux qui étaient de bonne famille, ou à défaut, qui en avaient la dégaine…
* Que penser de ça ? Le Monde (ça se trouve ici), dans un récent débat “chat” :
Amy : Quels sont selon vous les trois meilleurs écrivains français du moment ?
Philippe Sollers : C’est évidemment toujours aux éditions Gallimard que ça se passe. Deux écrivains qui ont très bonne réputation : Jean-Marie Gustave Le Clézio, récent prix Nobel, et Patrick Modiano, unanimement célébré. Le méchant troisième, dans le film, c’est moi.
ou encore
Deborah : Je crois que vous aimez Philip Roth, que pensez-vous de ce qu’il dit de la frénésie d’écrire qui atteint beaucoup aujourd’hui et qui fait, dit-il, que bientôt il y aura plus de livres écrits que de lecteurs pour les lire?
Philippe Sollers : Roth sait de quoi il parle, notamment lorsqu’il a dit qu’il y avait un seul écrivain français intéressant, moi.
Ça laisse songeur, non ?
About this entry
You’re currently reading “les chevaux invisibles,” an entry on Lettres d’une exilée
- Published:
- 17 mai 2009 / 4:11
- Category:
- impressions parisiennes
- Tags:
5 Comments
Jump to comment form | comments rss [?] | trackback uri [?]